Iran, Ukraine… les crises énergétiques sont-elles vouées à se répéter ? |
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| | L'éditorial de Théo Wittersheim Chargé de recherche exposition énergétique Co-auteur du rapport du Shift sur la souveraineté énergétique |
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Depuis que j’ai commencé à travailler sur la souveraineté énergétique de la France et de l’Europe, il y a 2 ans, notre monde a basculé. C’est presque à croire à une prophétie auto-réalisatrice. Dès 2024, le Shift pointait les limites d’une vision étriquée de la souveraineté énergétique française qui manquerait le cœur du problème : notre dépendance aux énergies fossiles. J’ai poursuivi ce travail par une modélisation de notre niveau de souveraineté, qui nous a permis d’aboutir à une cartographie mondiale des dépendances énergétiques du pays. C’est la naissance d’une nouvelle métrique d’analyse de risque : "l’exposition énergétique".
Nous avons publié en 2025 le rapport La souveraineté par la décarbonation : voie nécessaire pour la France et l’Europe. Il met en évidence l’ampleur de nos dépendances : les énergies fossiles représentent plus de 70 % de notre exposition énergétique. Non seulement les énergies fossiles dérèglent le climat, mais en plus elles posent un véritable problème de souveraineté. L’Europe ayant passé son pic de production de pétrole et de gaz fossile, nous dépendons toujours plus, année après année, de fournisseurs non-européens (la Russie dans les années 2010, puis les Etats-Unis dans les années 2020).
Pétrole, gaz fossile et charbon viennent nourrir toutes les chaînes de valeur internationales. Nous pouvons, par exemple, retracer le chemin d’un baril de pétrole depuis le Moyen-Orient, jusqu’à son omniprésence dans tous les biens que l’on importe de Chine, via sa transformation en plastique. toute crise sur le pétrole ou le gaz quelque part dans le monde aura des répercussions sur l’économie mondiale. La France comme l’Europe ne pourront véritablement s’en protéger qu’en se décarbonant elles, ainsi que leurs chaînes de valeur.
La suite, vous la devinez. Au Shift, nous pensons les crises énergétiques inévitables, mais nous avons été surpris par la rapidité avec laquelle la réalité a confirmé nos analyses. Celle majeure que nous vivons avec le blocage du détroit d’Ormuz et celle de 2022 avec la guerre en Ukraine, ne sont pas des anomalies : elles sont l’illustration d’un changement d’ère. Nous entrons dans une période où ces événements risquent de se répéter voire de s’aggraver, à cause du déclin de la production mondiale de pétrole et de gaz fossiles et des tensions internationales qui fragilisent l’accès à ces ressources essentielles à l’économie. |
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Le graphique | Pour vous équiper face à la crise énergétique en cours, et aux suivantes, je vous propose un petit crash course sur l’exposition énergétique de la France.
Avant tout : c’est quoi concrètement notre exposition énergétique ?
- C’est toute l’énergie qui sert à faire fonctionner la France, c’est-à-dire à satisfaire les besoins de la population (se nourrir, se loger, se déplacer, se soigner…) et à faire tourner notre économie (industrie, agriculture, tertiaire...).
- Pour la calculer, il "suffit" de relever tous les compteurs énergétiques des Français (compteur d’électricité, gaz, pétrole à la pompe… on appelle ça notre consommation "d'énergie finale") et des entreprises françaises comme étrangères qui contribuent à produire nos biens et services.Par exemple, ça veut dire savoir combien d’énergie a été utilisée pour extraire du fer, pour en faire l’acier, pour en faire une voiture chinoise importée par la France.
- On additionne donc toutes les consommations d’énergie dans le monde qui sont imputables à la France (y compris pour ses propres exportations), et on obtient son exposition énergétique.
Si vous avez suivi jusqu’ici, il ne vous sera pas trop compliqué de comprendre le graphique ci-dessous. En le regardant, vous hésitez peut-être entre une œuvre d’art abstraite et un plat de spaghettis, vous y êtes presque : ceci est un "diagramme de Sankey", ma marque de fabrique.
| | "En décarbonant la France et nos partenaires européens, nous pouvons gagner en souveraineté sur 80 % de notre exposition actuelle à des risques énergétiques" | Commençons sa lecture en bas à gauche, par la zone orange : la France produit seulement 1/5 (494 TWh) de toute son exposition énergétique, ce qui est relativement faible en matière de souveraineté. C’est la production de toutes nos centrales nucléaires et de nos énergies renouvelables (panneaux photovoltaïques, éoliennes, barrages, mais aussi bois et chaleur renouvelable). Si l’on réfléchit le problème à l’échelle européenne – ce qui nous semble très pertinent, nous doublons notre souveraineté du point de vue de la production, avec les 400 TWh d’énergie produite par nos voisins qui contribuent au fonctionnement de la France. A savoir : l’Europe couvrait une part bien plus importante au début des années 2000, mais sa production de pétrole et de gaz fossiles a significativement baissé avec le tarissement de ses gisements en Mer du Nord (en Norvège, Royaume-Uni, Pays-Bas, Danemark). Nous avons depuis augmenté notre dépendance à des pays non-européens, qui s’élève en 2022 à 65 % (1655 TWh) de notre exposition énergétique, c’est considérable. Si l’on dépend tant de ces producteurs non-européens, c’est car nous sommes un peu trop attachés aux énergies fossiles, dont nous ne disposons presque plus en Europe.
Déplaçons-nous vers le milieu du graphique, pour s’intéresser aux pays où est consommée l’énergie qui fait fonctionner la France, là où les machines sont localisées. En bas au milieu, vous découvrez qu’en 2022 nous consommions en France 1639 TWh d’énergie finale, dans nos bâtiments, nos véhicules, nos usines... Cela représente 60 % de notre exposition énergétique. Bonne nouvelle, la décarbonation de ces usages territoriaux est de mieux en mieux documentée, notamment dans le Plan Robuste pour l'Économie Française du Shift, qui explore comment réussir cette transition à l’ère des crises.
Si l’on regarde les usines européennes qui nous alimentent en biens, ainsi que l’énergie que nous exportons vers l’Europe, il apparaît que la consommation en Europe représente 20 % (454 TWh) de notre exposition énergétique.
Additionnons la part des consommations française et européenne, nous trouvons que 80 % de l’exposition énergétique de la France correspond à des consommations sur le territoire européen. C’est massif ! Cela signifie qu’en décarbonant la France et nos partenaires européens, nous pouvons gagner en souveraineté sur 80 % de notre exposition actuelle à des risques énergétiques.
Cependant, vous aurez remarqué qu’il manque un morceau en gris, au milieu en haut : même en décarbonant intégralement la France et l’Europe, nous continuerons de dépendre à un peu moins de 20 % (457 TWh) de pays non-européens qui pourraient continuer de consommer des énergies fossiles. Il s’agit de nos importations de biens et de services : industries en Asie, mines en Afrique ou Amérique du Sud, centres de données aux Etats-Unis, engrais au Moyen-Orient… Dépendre de ces chaînes de valeur très consommatrices de pétrole, de gaz fossile, et parfois encore du charbon, revient à rester vulnérables à des crises énergétiques comme celle que nous connaissons actuellement, avec au menu : inflation sur nos importations et ruptures d’approvisionnement potentielles. La décarbonation de ces biens et services importés ne peut être ignorée, et fait l’objet d’un nombre croissant de travaux au Shift : sur l’industrie de santé, celle du textile et du cuir, sur le numérique, bientôt sur la défense… Répondre à cet enjeu est plus complexe, plus long, cela implique notamment des réindustrialisations et des accords avec des partenaires s’engageant eux aussi dans leur décarbonation. |
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| | | | | | du pétrole consommé dans l’Union Européenne est importé | | |
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| | | | du gaz consommé dans l’Union Européenne est importé | | |
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| | | | | | de l’exposition énergétique de la France provient des biens et services qu’elle importe | | |
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L'œil du Shift revient à la rentrée | Merci de nous avoir lu !
Depuis le début de l'année, nous avons publié pas moins de sept publications finales et intermédiaires, nous avons également dévoilé le premier volet de notre Plan robuste pour l'économie française et lancé trois consultations nationales...
L'équipe de L'œil du Shift va donc faire une pause estivale pour revenir en septembre. D'ici là, vous pouvez retrouver les précédentes éditions de L'œil du Shift en cliquant ici.
Bel été à toutes et tous ! |
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| | Univershifté L’université d’été de nos bénévoles les Shifters, revient pour notre plus grand plaisir cette année avec pour thème « Un plan robuste pour guider l’action ». | | |
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| | Lancement du programme DÉFENDRE Le Shift Project lancera le programme DÉFENDRE, avec un premier livrable "Énergie, ressources, climat : une défense sous contraintes physiques", le mardi 23 juin 2026 à 18h. | | |
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| | Automobile et Mobilités Routières : s’engager pleinement dans la décarbonation Le Shift Project et ses partenaires ont le plaisir de vous inviter au webinaire de présentation de ce rapport intermédiaire, qui se tiendra le mardi 30 juin 2026 à 18h. Et des ateliers collaboratifs auront lieu le 7 juillet. | | |
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Nos dernières publications |
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Emploi et formation : des leviers essentiels pour décarboner | | |
| Alors que la France doit s’engager dans une phase cruciale de sa décarbonation, The Shift Project publie une analyse inédite des besoins d’emploi et de compétences nécessaires pour réussir la transition dans l’incertitude. | | |
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Textile et Cuir 2050 : quelle place dans la décarbonation de l'économie? | | |
| Le Shift Project publie son rapport intermédiaire consacré à l’analyse de l’empreinte carbone et énergétique de ces filières et à l’identification de leurs leviers de transformation. | | |
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Réussir la transition dans l’incertitude, la méthode Shift en 20 chantiers | | |
| Dans un contexte de crises énergétiques et climatiques sans précédent, le Shift Project publie le premier volet de son Plan robuste pour l'économie française (PREF) : un rapport inédit par son ampleur, qui se veut une boussole robuste pour agir | | |
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| | | | | | The Shift Project est un groupe de réflexion qui vise à éclairer et influencer le débat sur les défis climat-énergie. Nous sommes une association d’intérêt général. Nos membres financeurs sont pour la plupart des entreprises. Guidé par l’exigence de rigueur scientifique et technique, notre regard sur l’économie est avant tout physique et systémique.
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