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La crise du transport de pétrole brut s'aggrave, à laquelle se rajoute une crise du raffinage (notamment diesel)

11 septembre 2026 à 22:14
La crise du transport de pétrole brut s'aggrave, à laquelle se rajoute une crise du raffinage (notamment diesel). Les Houthis sont, dans les deux cas, un acteur important. Ce groupe de rebelles "pro-iraniens" était insignifiant et faiblement armé il y a 10-15 ans. Il est aujourd'hui entraîné par la force Al-Qods des Pasdarans, compte 600 000 combattants, et dispose d'un armement sophistiqué (dont des missiles balistiques). Les Houthis contrôlent aujourd'hui un tiers du territoire yemenite, dont la capitale Sanaa. Territoire où vivent trois quarts de la population yemenite, soit 25 millions de personnes. Et ils contrôlent donc désormais la côte ouest du pays, dont le détroit de Bab El Mandeb.

Revenons à la double crise pétrolière.

1) De nombreuses raffineries ont été sévèrement endommagées cette année en Russie et autour du Golfe Persique. A la flambée du prix du pétrole brut se rajoute ainsi une flambée du "diesel crack spread".

Les Houthis ont mené des frappes de drones sur la raffinerie de Jaran en Arabie Saoudite en juillet, et de nouveau il y a quelques jours.

On parle là de 400 000 barils par jour de capacité, ce qui est loin d'être négligeable.

La raffinerie fonctionnait déjà à régime réduit ou à l'arrêt partiel à la suite des attaques de juillet. Les données de suivi maritime (Kpler) indiquent désormais un arrêt quasi total des chargements de pétrole raffiné au départ du terminal de Jazan.

Les Houthis pourraient cibler d'autres raffineries saoudiennes à l'avenir.

2) Les Houthis viennent de prendre le contrôle du Détroit de Bab El Mandeb suite à une percée rapide lui donnant le contrôle du port stratégique de Moka, ainsi que deux iles de la Mer Rouge.

Les bateaux arrivant de l'océan indien peuvent contourner ce Détroit en passant par le sud de l'Afrique (Cap de Bon espérance), mais le problème est ailleurs.

Depuis la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis en Iran, l'Arabie Saoudite utilise le pipeline Est-Ouest pour contourner le Détroit d'Ormuz et transférer son pétrole jusqu'à la Mer Rouge, au Port de Yanbu.

On parle tout de même là de 7 millions de barils par jour arrivant à Yanbu, soit près de 7% du pétrole mondial.

Le commerce du port de Yanbu et ses flux pétroliers risquent désormais d'être fortement perturbés. L'impact se joue sur deux fronts : la logistique des tankers et les attaques directes sur le réseau de pipelines.

Bab el-Mandeb est désormais une impasse pour les exportations saoudiennes vers l'Asie. Les pétroliers chargés à Yanbu ne peuvent plus descendre vers le sud à travers Bab el-Mandeb sans risque majeur d'attaque.

Pour contourner ce blocage et livrer l'Asie depuis Yanbu, les navires doivent monter vers le nord, franchir le canal de Suez, traverser la Méditerranée, puis faire tout le tour de l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance pour rejoindre l'océan Indien. Cela rallonge les trajets de 4 à 7 semaines.

Or il existe aussi des contraintes physiques des supertankers (VLCC). Les plus grands pétroliers à pleine charge ne peuvent pas franchir le canal de Suez à cause de leur tirant d'eau. Ils doivent décharger une partie de leur cargaison dans l'oléoduc égyptien SUMED ou naviguer partiellement remplis, ce qui réduit considérablement le rendement de la flotte mondiale et fait exploser les coûts de fret.

A ce blocage de la navigation se rajoute une menace directe des Houthis sur le pipeline Est-Ouest. Cette infrastructure terrestre elle-même fait l'objet de frappes. L'oléoduc traverse plus de 1 200 km de désert. Ses stations de pompage (notamment autour de Médine) sont devenues des cibles stratégiques pour les drones et missiles houthis.

Récemment, des anomalies thermiques et des incendies identifiés par satellite le long du tracé du Petroline ont suscité de vives inquiétudes sur une réduction forcée du débit d'acheminement brut vers Yanbu.

Alors que Yanbu était censé servir de soupape de sécurité pour la monarchie saoudienne face aux tensions dans le Golfe Persique, la combinaison du contrôle Houthi sur Bab el-Mandeb et des frappes sur les infrastructures terrestres transforme la mer Rouge en un véritable goulot d'étranglement pour les exportations saoudiennes.

Ce dossier est à suivre attentivement pour comprendre les évolutions de la donne énergétique, donc de l'économie monddiale.

(publié par Cyrus Farhangi)



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On répète depuis quarante ans que l'Amérique croît plus vite que l'Europe

11 septembre 2026 à 12:35
On répète depuis quarante ans que l'Amérique croît plus vite que l'Europe. C'est en partie vrai (pour des raisons énergétiques), et et presque entièrement faux (pour des raisons démographiques).

Post de Vincent Cathelineau.

« Entre 1980 et 2019, le PIB américain a progressé d'environ 2,7 % par an contre 2,0 % pour l'Europe de l'Ouest. Mais rapporté à la population, l'écart s'effondre : 1,6 % par an d'un côté, 1,5 % de l'autre. Les deux tiers de la fameuse surperformance américaine tiennent à une seule chose, les Américains font plus d'enfants et accueillent plus d'immigrés. Par habitant, l'Europe a tenu le rythme pendant quarante ans. C'est ce point de départ qu'il faut avoir en tête pour mesurer ce qui vient de se passer.

Depuis 2023, une fois digéré le rebond post-Covid, la mécanique s'est cassée. En parité de pouvoir d'achat par habitant, les États-Unis ont gagné environ 7,5 % sur quatre ans, projections 2026 du FMI incluses. L'Europe de l'Ouest, Royaume-Uni et Suisse compris, Irlande exclue pour cause de comptes nationaux fantaisistes, a gagné 2,4 %. L'écart observé est de 5,2 points.

La tendance historique aurait produit un écart de 0,6. Il manque donc environ 4,5 points de PIB par habitant, entre 4,2 et 4,9 selon les révisions de population à venir. Quatre ans et demi de croissance normale, évaporés en quatre ans.

L'année 2023 mérite qu'on s'y arrête. Zéro virgule un pour cent de croissance par habitant pour l'Europe de l'Ouest. Une année blanche, la première hors récession depuis la création de l'euro. Pendant ce temps, les États-Unis faisaient 1,9 % de croissance par habitant. Avec un million d'entrants supplémentaires à absorber, ce qui aurait dû mécaniquement diluer leur performance. L'Allemagne, l'Autriche, la Finlande et la Suède reculaient. Seule l'Espagne, qui n'a jamais dépendu du gaz russe, tenait la baraque.

On me dira que tout n'est pas la faute de la guerre en Ukraine.

C'est exact, et c'est pire que ça. Les déficits fédéraux à 6 ou 7 % du PIB, la vague d'investissement dans l'intelligence artificielle que le FMI cite lui-même comme moteur américain, la concurrence chinoise sur l'automobile allemande expliquent une partie de l'écart. Mais regardez ce qui se passe en 2026 : le détroit d'Ormuz se ferme, le gaz européen prend 25 %, le gaz américain 10 %, et le FMI révise la zone euro à la baisse en expliquant noir sur blanc que les États-Unis, exportateurs nets d'énergie, ne subissent qu'un impact limité.

Deux guerres, à quatre ans d'intervalle, sur deux continents différents, et exactement la même asymétrie : l'Europe paie, l'Amérique encaisse. Quand la même cause produit deux fois le même effet, on ne parle plus de coïncidence, on parle de structure. L'Europe n'a pas un problème de conjoncture, elle a un problème de dépendance énergétique, et chaque crise mondiale lui en présente la facture. Le calendrier ne ment pas : la rupture est datée, elle coïncide avec le triplement du prix du gaz et de l'électricité de gros, et elle frappe d'abord les pays dont l'industrie tournait au gaz.

Traduit en monnaie, 4,5 points de PIB par habitant font environ 3 000 dollars de production annuelle par Européen qui n'existent pas fin 2026, soit près de 1 000 milliards de dollars par an à l'échelle du continent. Ce n'est pas un choc, c'est une hémorragie qui continue : le FMI attend encore 0,9 % pour la zone euro en 2026 contre 2,3 % outre-Atlantique.

Le débat public européen parle de sobriété, de taxonomie et de trajectoires. Il devrait parler d'énergie abondante et bon marché, parce que c'est la seule variable dont l'absence explique à la fois la date, l'ampleur et la géographie de ce décrochage. »

(publié par Cyrus Farhangi)



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