Un décryptage inspiré des travaux de JMJ d’une courbe qui fait beaucoup parler (et beaucoup voter pour Donald Trump
1 septembre 2026 à 18:21
Un décryptage inspiré des travaux de JMJ d’une courbe qui fait beaucoup parler (et beaucoup voter pour Donald Trump... avant que sa côte de popularité ne s'écroule chez les ouvriers déçus de l'évolution de leur pouvoir d'achat).
La courbe violette est celle de la (légère) décrue du pouvoir d'achat aux États-Unis. Mais c'est une moyenne : une minorité continue de voir son pouvoir d'achat significativement croitre, tandis que beaucoup d'Américains voient leur pouvoir d'achat significativement se dégrader. L'inflation (courbe orange) dévore les hausses de salaires (courbe marron).
Outre les statistiques macroéconomiques, un sondage Harris fournit également des éclairages : la moitié des Américains disent avoir du mal à payer les courses et l’essence.
Les produits qui ont tiré l’inflation depuis 2021 ne doivent rien au hasard : l'énergie (essence, diesel, gaz, électricité), l'alimentation (dont les engrais et la logistique dépendent grandement des énergies fossiles) et les biens manufacturés (dépendant également des énergies fossiles).
Evidemment, une question tout à fait légitime se pose : comment les États-Unis peuvent-ils subir de tels chocs de pouvoir d'achat alors qu'ils sont les premiers producteurs mondiaux d'hydrocarbures grâce au boom du schiste depuis 15 ans ? 🛢️
Quelques pistes pouvant permettre de résoudre ce paradoxe apparent :
1. Le pétrole est une "baignoire" mondiale 🛁
L'énergie est un flux physique et le marché du pétrole fonctionne comme une immense baignoire mondiale. Lors de la reprise économique rapide post-Covid en 2021, la demande en énergie a bondi bien plus rapidement que la capacité des producteurs à augmenter le volume de la baignoire.
Par la suite, lorsque les crises successives (embargo sur l’énergie russe, blocage du détroit d’Ormuz, bombardements d’installations énergétiques autour du Golfe persique) ferment le robinet, le niveau global de la baignoire baisse. Le consommateur américain est en compétition avec le reste du monde pour accéder à cette ressource globalement rétrécie.
2. Produire localement ne protège pas des prix mondiaux 🛢️
Bien que les États-Unis produisent énormément et sont même de grands exportateurs nets de carburants comme le diesel, les producteurs américains vendent leurs barils au prix du marché mondialisé. Quand les prix mondiaux flambent à la suite d’une contraction de l'offre ailleurs, le citoyen américain subit cette inflation de plein fouet à la pompe, peu importe que le pétrole soit extrait sous ses pieds.
3. L'inflation : le grand rationneur physique 📉
Comme le rappelle souvent Jean-Marc Jancovici, la monnaie n'est qu'une convention, un droit de tirage sur des ressources physiques. L'inflation n'est pas qu'un phénomène financier : c'est le mécanisme implacable par lequel le système « détruit de la demande » pour que notre consommation s'ajuste à une offre géologiquement contrainte. S'il y a moins d'énergie pour faire tourner les machines, l'économie fabrique moins de biens, le pouvoir d'achat doit donc baisser.
4. Une réalité encore pire que la courbe officielle 🏚️
La courbe d'inflation officielle (le CPI américain) sous-estime la douleur réelle des ménages. Pourquoi ? Notamment parce qu'elle ne capture pas le prix d'achat de l'immobilier. Le CPI considère l'achat d'une maison comme un investissement et non comme une consommation courante. Il utilise donc une "équivalence de loyer" pour les propriétaires, excluant l'explosion du capital nécessaire pour acheter un bien.
Si l'on intégrait le coût réel de l'accès à la propriété (des prix de l'immobilier très élevés couplés à l'explosion des taux d'emprunt), la chute du pouvoir d'achat des jeunes ménages américains serait encore plus importante.
Le boom du schiste a offert un sursis à l'économie américaine en masquant le déclin du pétrole conventionnel. Mais il n'a pas aboli les lois de la thermodynamique. Quand la quantité globale d'énergie disponible se tend, le gâteau matériel rétrécit, et le salaire réel (ce que l'on peut physiquement acheter) s'ajuste à la baisse.
(publié par Cyrus Farhangi)

(Feed generated with FetchRSS)
La courbe violette est celle de la (légère) décrue du pouvoir d'achat aux États-Unis. Mais c'est une moyenne : une minorité continue de voir son pouvoir d'achat significativement croitre, tandis que beaucoup d'Américains voient leur pouvoir d'achat significativement se dégrader. L'inflation (courbe orange) dévore les hausses de salaires (courbe marron).
Outre les statistiques macroéconomiques, un sondage Harris fournit également des éclairages : la moitié des Américains disent avoir du mal à payer les courses et l’essence.
Les produits qui ont tiré l’inflation depuis 2021 ne doivent rien au hasard : l'énergie (essence, diesel, gaz, électricité), l'alimentation (dont les engrais et la logistique dépendent grandement des énergies fossiles) et les biens manufacturés (dépendant également des énergies fossiles).
Evidemment, une question tout à fait légitime se pose : comment les États-Unis peuvent-ils subir de tels chocs de pouvoir d'achat alors qu'ils sont les premiers producteurs mondiaux d'hydrocarbures grâce au boom du schiste depuis 15 ans ? 🛢️
Quelques pistes pouvant permettre de résoudre ce paradoxe apparent :
1. Le pétrole est une "baignoire" mondiale 🛁
L'énergie est un flux physique et le marché du pétrole fonctionne comme une immense baignoire mondiale. Lors de la reprise économique rapide post-Covid en 2021, la demande en énergie a bondi bien plus rapidement que la capacité des producteurs à augmenter le volume de la baignoire.
Par la suite, lorsque les crises successives (embargo sur l’énergie russe, blocage du détroit d’Ormuz, bombardements d’installations énergétiques autour du Golfe persique) ferment le robinet, le niveau global de la baignoire baisse. Le consommateur américain est en compétition avec le reste du monde pour accéder à cette ressource globalement rétrécie.
2. Produire localement ne protège pas des prix mondiaux 🛢️
Bien que les États-Unis produisent énormément et sont même de grands exportateurs nets de carburants comme le diesel, les producteurs américains vendent leurs barils au prix du marché mondialisé. Quand les prix mondiaux flambent à la suite d’une contraction de l'offre ailleurs, le citoyen américain subit cette inflation de plein fouet à la pompe, peu importe que le pétrole soit extrait sous ses pieds.
3. L'inflation : le grand rationneur physique 📉
Comme le rappelle souvent Jean-Marc Jancovici, la monnaie n'est qu'une convention, un droit de tirage sur des ressources physiques. L'inflation n'est pas qu'un phénomène financier : c'est le mécanisme implacable par lequel le système « détruit de la demande » pour que notre consommation s'ajuste à une offre géologiquement contrainte. S'il y a moins d'énergie pour faire tourner les machines, l'économie fabrique moins de biens, le pouvoir d'achat doit donc baisser.
4. Une réalité encore pire que la courbe officielle 🏚️
La courbe d'inflation officielle (le CPI américain) sous-estime la douleur réelle des ménages. Pourquoi ? Notamment parce qu'elle ne capture pas le prix d'achat de l'immobilier. Le CPI considère l'achat d'une maison comme un investissement et non comme une consommation courante. Il utilise donc une "équivalence de loyer" pour les propriétaires, excluant l'explosion du capital nécessaire pour acheter un bien.
Si l'on intégrait le coût réel de l'accès à la propriété (des prix de l'immobilier très élevés couplés à l'explosion des taux d'emprunt), la chute du pouvoir d'achat des jeunes ménages américains serait encore plus importante.
Le boom du schiste a offert un sursis à l'économie américaine en masquant le déclin du pétrole conventionnel. Mais il n'a pas aboli les lois de la thermodynamique. Quand la quantité globale d'énergie disponible se tend, le gâteau matériel rétrécit, et le salaire réel (ce que l'on peut physiquement acheter) s'ajuste à la baisse.
(publié par Cyrus Farhangi)
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