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Vue normale

La notion de fin de la croissance (pas dans 500 ans mais en ce moment-même) est l’une des claques particulièrement monumentales ...

La notion de fin de la croissance (pas dans 500 ans mais en ce moment-même) est l’une des claques particulièrement monumentales que l’on peut se prendre de la part de Jean-Marc Jancovici. Il n’est évidemment pas le premier à la théoriser, mais il est celui qui au 21e siècle a poussé des millions de Français à cogiter à ce sujet.

Que ce soit en France, en Europe ou ailleurs, le taux de croissance a tendance à diminuer. La croissance infinie étant impossible, le taux finira bien par atteindre partout zéro (voire moins s'il doit y avoir "correction" 🤷).

Pourquoi ? Jean-Marc Jancovici met en avant :

1) Le déclin des ressources fossiles les plus rentables, qui contraint physiquement notre production de richesses.

2) Les destructions climatiques et écologiques qui amputent de plus en plus lourdement la richesse économique.

D’autres analystes mettront en avant la productivité (les innovations modernes génèrent moins de gains marginaux que les grandes révolutions industrielles précédentes), la tertiarisation (qui engendre moins de croissance que l’industrialisation), le fardeau de la dette publique et privée, la stagnation des revenus de la classe moyenne, le vieillissement démographique, ou encore la saturation des besoins.

📊 Nous avons construit ce graphique pour la France en téléchargeant des données INSEE. Nous avons calculé une moyenne mobile sur 10 ans afin de lisser les variations conjoncturelles. Et le résultat est sans équivoque.

On voit là le franchissement de deux paliers majeurs :

1) Le choc pétrolier de 1974, marquant la fin brutale des Trente Glorieuses. Le taux de croissance par habitant s'effondre de 2,5 points, passant d'un régime florissant de +4,3% à une normalité de +1,8%.

2) La Grande Récession mondiale de 2008 (que certains économistes perçoivent comme un choc énergétique plutôt que purement financier) ampute la croissance de 1,1 point pour la faire stagner autour de +0,6 %.

Chaque marche descendue devient ainsi le nouveau régime normal.

📉 Sous le poids des contraintes structurelles citées en introduction, un nouveau franchissement de seuil, menant à une croissance "négative", semble ainsi plausible dans un avenir proche.

Une nouvelle crise énergétique (Ormuz, Russie) et/ou l'éclatement d'une éventuelle bulle spéculative autour de l'IA pourraient agir comme détonateurs précipitant ce passage vers la barre du zéro (voir en-dessous).

⚠️ Ne pas confondre cependant les déclencheurs (crises soudaines) et les facteurs structurels (limites de fond à la croissance).

(publié par Cyrus Farhangi)



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"Les marchés financiers ont commencé à fixer des prix selon El Niño", par Roberta Boscolo, cheffe de l'unité Energie et Climat d...

"Les marchés financiers ont commencé à fixer des prix selon El Niño", par Roberta Boscolo, cheffe de l'unité Energie et Climat de l'Organisation Météorologique Mondiale.

Un article précis dans le Financial Times cette semaine illustre comment un fonds spéculatif lève un fonds spécialement conçu pour tirer profit de l’El Niño de cette année et pourquoi les banques du secteur publient désormais des guides clients sur ses implications sur le marché.

☕ Les prix du café et du cacao ont grimpé alors que les commerçants anticipent des dégâts liés aux récoltes en Afrique de l’Ouest et au Brésil
🌾 Le blé en Australie et le riz en Inde font face à de sérieuses menaces, car les précipitations de mousson indienne sont déjà plus d’un dixième en dessous de la moyenne
🚢 Les prix des enchères de transit du canal de Panama ont atteint des sommets records, alors que les inquiétudes concernant la baisse du niveau de l’eau font écho à la sécheresse sévère de 2023–24
⚡ L’exploitation minière du cuivre est perturbée en Zambie par la sécheresse et au Chili par les inondations sous le même effet de l’événement, générant des risques opposés dans des endroits différents
🍬 Un impact sur la production sucrière indienne est suivi de près par les analystes

Le réchauffement climatique augmente les impacts de chaque événement qui se produit, superposant l’augmentation typique de température de 0,1 à 0,2°C d’El Niño à un réchauffement déjà dangereux de 1,4°C, et chargeant une atmosphère plus chaude d’humidité pour alimenter des averses plus fortes là où El Niño apporte déjà de la pluie.

Le chiffre le plus alarmant n’est pas un chiffre de marché. Le World Food Programme avertit que cet événement menace de plonger au moins 49 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire, rappelant que les vrais dégâts touchent le plus durement ceux qui ont le moins de capacité à les absorber. Et cela va durer : une étude publiée en 2023 dans Science a révélé que les épisodes majeurs d’El Niño freinent la croissance dans les pays touchés pendant des années.

Les marchés se positionnent déjà autour de cet événement, des mois avant son pic. La question est de savoir si cette même prévoyance atteint les petits exploitants, les planificateurs de la sécurité alimentaire et les communautés vulnérables avec la même urgence qu’elle atteint les fonds spéculatifs. 🛰️

📰 Source : Financial Times, "How will El Niño hit the world economy?" (Moral Money, 12 August 2026)

Lien vers le post de Roberta Boscolo : https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7493792606271991808/

(par Adrien Couzinier)



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L'Europe en quête de puissance climatique - Marc-Antoine Eyl-Mazzega

Amis (et contradicteurs) des thèses jancoviciennes sur les réalités matérielles, bonjour. Dans un monde aux ressources finies, la transition bas-carbone n'est pas un simple dossier administratif et financier, mais une guerre des flux physiques de l'énergie et des métaux. Marc-Antoine Eyl-Mazzega, directeur du Centre Énergie et Climat de l'Ifri, vient implacablement confirmer ce constat sur le terrain géopolitique.

L'Europe a longtemps cru que la lutte climatique se ferait par de simples ajustements à la marge : un peu plus d'éolien, un peu de solaire, et des règles de marché bien huilées. Pendant que nous rédigions des normes et des traités de libre-échange, la Chine, elle, s'occupait des flux physiques. Elle a sécurisé l'approvisionnement et le raffinage (très polluant) des métaux critiques. Aujourd'hui, elle domine la production mondiale de panneaux, batteries et véhicules électriques, et pourra se servir de ce monopole industriel comme arme de chantage.

Si l'Europe tente de se protéger, Pékin menace de restreindre l'accès à ces métaux ultra-purifiés dont dépendent nos industries de pointe. Pour obtenir ces matériaux, nos industriels sont parfois sommés de dévoiler leurs secrets de fabrication ou de délocaliser leurs usines sur le sol chinois.

Face à ce rouleau compresseur, les États-Unis ont réagi, selon Eyl-Mazzega, de manière pragmatique. Devenus une superpuissance des hydrocarbures sous Obama, ils utilisent désormais la force de frappe financière de l'Inflation Reduction Act pour subventionner la relocalisation de leurs usines, vampirisant au passage l'industrie européenne.

Le reste du monde s'adapte tout aussi brutalement à la réalité des flux. Le Moyen-Orient joue le temps long : il utilise sa rente pétrolière (la moins chère à extraire) pour financer une lente transition vers les ENR et le nucléaire, tout en s'assurant d'être le tout dernier fournisseur d'or noir d'un monde qui en demandera encore pendant un certain temps. L'Asie du Sud-Est installe du charbon pour assouvir une demande énergétique primaire qui explose, et l'Afrique subit le réchauffement de plein fouet tout en manquant cruellement de capitaux pour s'électrifier.

Et l'Europe dans tout ça ? Privée d'hydrocarbures bon marché depuis la rupture avec la Russie, elle voit son industrie lourde laminée par le coût de l'énergie. Nous sommes pris en étau.

Pourtant, Marc-Antoine Eyl-Mazzega rappelle que la France dispose d'un atout structurel majeur, que nous connaissons bien ici : notre héritage nucléaire. Cette énergie dense, pilotable et bas-carbone est notre véritable levier de souveraineté pour réindustrialiser le pays et répondre aux besoins électriques massifs de demain, comme l'intelligence artificielle.

Selon Eyl-Mazzega, l'IA n'est pas un luxe mais un enjeu de "souveraineté" :

"L'enjeu est de conserver des revenus et de la valeur ajoutée ici, de ne pas la transférer toujours et encore aux États-Unis et puis devoir un jour quémander des tokens aux Américains, alors qu'ils n'ont pas l'électricité que nous avons !"

(publié par Cyrus Farhangi)


Vous pouvez lire gratuitement la retranscription de l'entretien ici...

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Un post particulèrement jancovicien par Jancovici sur LinkedIn, que nous relayons ici : "Les combustibles fossiles sont épuisabl...

Un post particulèrement jancovicien par Jancovici sur LinkedIn, que nous relayons ici : "Les combustibles fossiles sont épuisables, et leur usage modifie le climat. Historiquement, il y a eu deux écoles pour "pronostiquer" leur fin. La première, dominante quantitativement dans le discours public, est que leur usage s'arrêtera volontairement alors qu'il en restera plein sous terre, parce suite de notre volonté de limiter le réchauffement climatique.

Cette école considère le plus souvent que cette transition sera réalisée essentiellement avec des moyens techniques (la sobriété - ou déconsommation - est juste un facteur favorable parmi d'autres), et qu'elle sera largement indolore pour l'économie.

Par exemple, tous les scénarios d'émission utilisés dans les rapports du GIEC pour comparer les modèles entre eux sont des scénarios de croissance économique, même ceux où les émissions - donc l'énergie fossile - baissent très fortement (cette remarque sur les scénarios n'invalide pas la partie physique de la modélisation, elle concerne juste le narratif sous-jacent pour la trajectoire des émissions).

Une deuxième école, minoritaire dans le discours public (du moins en France), pense que ce qui va limiter l'usage des combustibles fossiles sera avant tout leur épuisement. Cette école là a souvent considéré que cet épuisement surviendrait suffisamment tôt pour que le changement climatique ne soit pas un problème. Elle considère par contre, le plus souvent, que cette baisse subie ira avec une décroissance économique.

Une troisième école, encore plus minoritaire, considère que c'est avant tout les conséquences du réchauffement qui, en provoquant un effondrement, limitera nos émissions.

L'année 2026 est en train de nous prouver - à petite dose pour le moment - que en Europe, la combinaison des deux dernières options est possible. La "morsure climatique" de cet été commence à faire mal, et, en même temps selon la formule consacrée, nous avons un problème d'approvisionnement sur les hydrocarbures, avec les tensions dans le détroit d'Ormuz.

Au titre de cette dernière, les stocks gaziers européens sont au plus bas (voir lien vers article des Echos en commentaire). Et, pour le moment, il se passe une chose très bizarre avec le pétrole. Depuis presque 50 ans, l'activité économique mondiale est quasiment proportionnelle au volume de pétrole utilisé.

Or, depuis mars dernier maintenant, la production de pétrole a chuté d'un gros 10%, mais aucune crise économique majeure ne s'est déclenchée. Est-ce parce que les stocks ont permis d'absorber cette baisse et que la crise n'est qu'une question de temps ?

Toujours est-il que, en tendance, les Européens vont combiner des conséquences climatiques croissantes avec un approvisionnement énergétique en baisse subie. En clair, "ne rien faire" amènera de plus en plus d'ennuis "physiques" à gérer dans un contexte de crises économiques répétées. Pas sur que les candidats qui se bousculent au portillon pour 2027 aient bien compris que c'est cela qui les attend, et pas sur qu'ils aient un plan pour y faire face."

(publié par Cyrus Farhangi)



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