Un débat particulièrement stimulant (et existentiel) de notre temps, que nous devons en grande partie à Jean-Marc Jancovici, est...
13 août 2026 à 16:57
Un débat particulièrement stimulant (et existentiel) de notre temps, que nous devons en grande partie à Jean-Marc Jancovici, est le caractère "subi" ou "choisi" de la décrue énergétique en France et en Europe depuis 2007.
Alors que cette page Facebook s'approche des 300k abonnés et qu'elle est de plus en plus visible auprès de non-abonnés (merci à toutes et tous pour l'intérêt que vous y portez !), nous allons diffuser une série de posts et de recueils de témoignages sur l'héritage intellectuel déjà immense de Jean-Marc Jancovici : sa contribution à la prise de conscience des sujets Energie-Climat, ses thèses, et les objections.
Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean annoncent depuis exactement 20 ans et l'ouvrage "Le Plein s'il vous plait" (2006) une contraction énergétique.
Des chiffres comme ceux de ce graphique semblent aller dans leur sens, notamment sur le pétrole (-23% depuis 2007 pour le pétrole à usage énergétique en France, en consommation finale) et, dans une moindre mesure, le gaz naturel. L'Europe dans son ensemble affiche des tendances semblables.
Selon JMJ, l'économie tourne autour de machines dont la nourriture est l'énergie, principalement les énergies fossiles, qui affichent des caractéristiques physiques extrêmement avantageuses (densité, pilotabilité, polyvalence chimique, stockage facile notamment pour le pétrole). Elles sont, en cela, difficiles à remplacer.
La France et l'Europe, dépendantes des importations fossiles, subissent depuis 2007 le passage du pic de production mondial du pétrole conventionnel, et le pic de production de gaz naturel de la mer du Nord. Cette contrainte géologique limite physiquement les volumes d'hydrocarbures disponibles pour notre continent. Les tensions géopolitiques (Russie, Ormuz) étaient prévisibles et n'arrangent évidemment rien à l'affaire.
La baisse de notre consommation énergétique est une rétractation physique « subie ». Cette décrue énergétique forcée bride la croissance économique, expliquant en grande partie la stagnation, la désindustrialisation, le déclassement social ou encore les crises du pouvoir d'achat que traverse l'Europe.
Si le Français moyen avait la possibilité de consommer autant d'énergie que l'Américain ou le Qatari moyen, il le ferait. Mais son accès à l'énergie est beaucoup plus contraint géologiquement.
La baisse de notre approvisionnement fossile est irréversible et va même s'accélérer à mesure que les pays jadis exportateurs gardent pour eux-mêmes leur pétrole dont les puits s'épuisent (exemples déjà passés : Mexique, Egypte, Indonésie, Chine...).
Dans un scénario particulièrement sombre esquissé dans "Dormez tranquille jusqu'en 2100" (2015), le monde sera pris en tenaille entre une descente énergétique de plus en plus dure à encaisser, et une dérive climatique à laquelle il sera de plus en plus difficile de s'adapter, justement par manque d'énergie (car avec une énergie illimitée, "nous pourrions tout encaisser").
Dans un scénario moins pessimiste, la France et le monde parviendraient à limiter le changement climatique et amortir la descente énergétique par une sobriété planifiée et socialement équitable, et par le développement des énergies bas-carbone (nucléaire de préférence, pour des raisons de densité et de pilotabilité).
Les analystes émettant des objections font remarquer que la consommation d'hydrocarbures augmente dans des pays émergents pourtant importateurs (ex. Vietnam, Maroc, Indonésie), alors que l'Europe aurait la puissance d'accaparer ces ressources prétendument contraintes.
Des contradicteurs soulignent également que la production mondiale "tous liquides" continue d'augmenter (+20% en 20 ans). La nature de cette hausse (portée par le pétrole de schiste américain, les sables bitumineux canadiens ou les liquides de gaz naturel) ne serait selon eux qu'un détail. L'Europe aurait surtout fait des choix politiques forts (et justifiés) qui renchérissent les fossiles sur son sol : taxes sur les carburants, quotas carbone pour l'industrie, embargo sur l'énergie russe.
Cependant, comme le signale inlassablement JMJ, cette compensation du volume global de pétrole cache une réelle fragilité physique : ces ressources non-conventionnelles exigent beaucoup plus de capital ET d'énergie pour être extraites, et fournissent moins de diesel, un carburant vital pour le transport lourd et l'agriculture. L'industrie pétrolière a certes fait d'énormes progrès technologiques pour diminuer le coût financier de ces forages, mais la technologie ne peut abolir les lois de la physique : broyer de la roche dure demandera toujours beaucoup plus d'énergie que de laisser un liquide remonter par un tuyau.
Sans parler du GNL (gaz naturel liquéfié) dont l'Europe est de plus en plus dépendante, et qui est beaucoup moins avantageux que le gaz fourni par la mer du Nord.
Dans la chasse aux œufs de Pâques, les enfants épuisent vite le gisement des œufs faciles, rendant la recherche du chocolat caché de plus en plus coûteuse en énergie !
Pour revenir du côté des contradicteurs, certains indiquent que la France consomme aujourd'hui moitié moins de pétrole que dans les années 1970, et son PIB est pourtant beaucoup plus élevé. L'Europe a su réagir aux chocs pétroliers des années 70 par des transformations majeures de son modèle énergétique, et d'autres transformations resteraient possibles aujourd'hui.
Par rapport à 2007, la baisse de la consommation de pétrole s'explique principalement par le déclin du fioul domestique (remplacé par les pompes à chaleur et les chaudières à gaz), l'efficacité des transports (voitures moins gourmandes en carburant, essor récent de l'électrique), et la transformation des processus industriels vers le gaz naturel et l'électricité.
-----------
Ce n'est évidemment pas en un post simplifié que nous réussirons à développer tous les termes d'un débat complexe qui, de surcroit, n'est pas encore tranché par la réalité du temps long.
N'hésitez donc pas à contribuer à la discussion !
(publié par Cyrus Farhangi)

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Alors que cette page Facebook s'approche des 300k abonnés et qu'elle est de plus en plus visible auprès de non-abonnés (merci à toutes et tous pour l'intérêt que vous y portez !), nous allons diffuser une série de posts et de recueils de témoignages sur l'héritage intellectuel déjà immense de Jean-Marc Jancovici : sa contribution à la prise de conscience des sujets Energie-Climat, ses thèses, et les objections.
Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean annoncent depuis exactement 20 ans et l'ouvrage "Le Plein s'il vous plait" (2006) une contraction énergétique.
Des chiffres comme ceux de ce graphique semblent aller dans leur sens, notamment sur le pétrole (-23% depuis 2007 pour le pétrole à usage énergétique en France, en consommation finale) et, dans une moindre mesure, le gaz naturel. L'Europe dans son ensemble affiche des tendances semblables.
Selon JMJ, l'économie tourne autour de machines dont la nourriture est l'énergie, principalement les énergies fossiles, qui affichent des caractéristiques physiques extrêmement avantageuses (densité, pilotabilité, polyvalence chimique, stockage facile notamment pour le pétrole). Elles sont, en cela, difficiles à remplacer.
La France et l'Europe, dépendantes des importations fossiles, subissent depuis 2007 le passage du pic de production mondial du pétrole conventionnel, et le pic de production de gaz naturel de la mer du Nord. Cette contrainte géologique limite physiquement les volumes d'hydrocarbures disponibles pour notre continent. Les tensions géopolitiques (Russie, Ormuz) étaient prévisibles et n'arrangent évidemment rien à l'affaire.
La baisse de notre consommation énergétique est une rétractation physique « subie ». Cette décrue énergétique forcée bride la croissance économique, expliquant en grande partie la stagnation, la désindustrialisation, le déclassement social ou encore les crises du pouvoir d'achat que traverse l'Europe.
Si le Français moyen avait la possibilité de consommer autant d'énergie que l'Américain ou le Qatari moyen, il le ferait. Mais son accès à l'énergie est beaucoup plus contraint géologiquement.
La baisse de notre approvisionnement fossile est irréversible et va même s'accélérer à mesure que les pays jadis exportateurs gardent pour eux-mêmes leur pétrole dont les puits s'épuisent (exemples déjà passés : Mexique, Egypte, Indonésie, Chine...).
Dans un scénario particulièrement sombre esquissé dans "Dormez tranquille jusqu'en 2100" (2015), le monde sera pris en tenaille entre une descente énergétique de plus en plus dure à encaisser, et une dérive climatique à laquelle il sera de plus en plus difficile de s'adapter, justement par manque d'énergie (car avec une énergie illimitée, "nous pourrions tout encaisser").
Dans un scénario moins pessimiste, la France et le monde parviendraient à limiter le changement climatique et amortir la descente énergétique par une sobriété planifiée et socialement équitable, et par le développement des énergies bas-carbone (nucléaire de préférence, pour des raisons de densité et de pilotabilité).
Les analystes émettant des objections font remarquer que la consommation d'hydrocarbures augmente dans des pays émergents pourtant importateurs (ex. Vietnam, Maroc, Indonésie), alors que l'Europe aurait la puissance d'accaparer ces ressources prétendument contraintes.
Des contradicteurs soulignent également que la production mondiale "tous liquides" continue d'augmenter (+20% en 20 ans). La nature de cette hausse (portée par le pétrole de schiste américain, les sables bitumineux canadiens ou les liquides de gaz naturel) ne serait selon eux qu'un détail. L'Europe aurait surtout fait des choix politiques forts (et justifiés) qui renchérissent les fossiles sur son sol : taxes sur les carburants, quotas carbone pour l'industrie, embargo sur l'énergie russe.
Cependant, comme le signale inlassablement JMJ, cette compensation du volume global de pétrole cache une réelle fragilité physique : ces ressources non-conventionnelles exigent beaucoup plus de capital ET d'énergie pour être extraites, et fournissent moins de diesel, un carburant vital pour le transport lourd et l'agriculture. L'industrie pétrolière a certes fait d'énormes progrès technologiques pour diminuer le coût financier de ces forages, mais la technologie ne peut abolir les lois de la physique : broyer de la roche dure demandera toujours beaucoup plus d'énergie que de laisser un liquide remonter par un tuyau.
Sans parler du GNL (gaz naturel liquéfié) dont l'Europe est de plus en plus dépendante, et qui est beaucoup moins avantageux que le gaz fourni par la mer du Nord.
Dans la chasse aux œufs de Pâques, les enfants épuisent vite le gisement des œufs faciles, rendant la recherche du chocolat caché de plus en plus coûteuse en énergie !
Pour revenir du côté des contradicteurs, certains indiquent que la France consomme aujourd'hui moitié moins de pétrole que dans les années 1970, et son PIB est pourtant beaucoup plus élevé. L'Europe a su réagir aux chocs pétroliers des années 70 par des transformations majeures de son modèle énergétique, et d'autres transformations resteraient possibles aujourd'hui.
Par rapport à 2007, la baisse de la consommation de pétrole s'explique principalement par le déclin du fioul domestique (remplacé par les pompes à chaleur et les chaudières à gaz), l'efficacité des transports (voitures moins gourmandes en carburant, essor récent de l'électrique), et la transformation des processus industriels vers le gaz naturel et l'électricité.
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Ce n'est évidemment pas en un post simplifié que nous réussirons à développer tous les termes d'un débat complexe qui, de surcroit, n'est pas encore tranché par la réalité du temps long.
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