ifinitiative
7 mai 2026 à 18:00
IF initiatives : imaginons nos futurs
Pourquoi ? Un monde sous tensions croissantes
Jancovici part d'un constat : nous vivons dans un monde où les chocs se multiplient — guerre en Europe, conflit au Moyen-Orient, dérèglement climatique, érosion de la biodiversité, tensions sur les ressources. Ces événements ne sont pas de simples accidents isolés, mais les manifestations d'un système global de plus en plus sous pression. Comme dans la tectonique des plaques : les tensions s'accumulent, et même si on ne sait pas exactement où ni quand, on sait que ça finira par craquer. La cause profonde est simple : nous sommes de plus en plus nombreux, avec une consommation individuelle croissante, sur une planète dont la taille, elle, ne change pas.
L'échec des outils de prévision traditionnels
Face à cette réalité, nos outils de planification sont inadaptés. Par exemple, en france, le Conseil d'orientation des retraites produit des plans jusqu'en 2070 qui projettent un futur lisse, continu, avec 2 % de croissance par an — ce que Jancovici appelle sans détour « le monde des Bisounours ». Résultat : une réforme des retraites tous les trois ans, parce que la réalité ne correspond jamais au scénario central imaginé.
Même constat dans le monde financier : les stress tests bancaires simulent de petites perturbations temporaires, vite résorbées. Or un vrai stress test, ce serait la fermeture du détroit d'Ormuz pendant trois ans — soit 20 % de pétrole en moins dans l'économie mondiale, avec des conséquences dévastatrices (quasi 20% de PIB en moins pendant 3 ans). Ce scénario-là, on ne le teste pas.
De la performance à la robustesse
Il faut passer d'une logique de performance à une logique de robustesse. Un système performant est optimisé pour fonctionner parfaitement dans des conditions favorables et stables. Mais il devient catastrophiquement fragile dès que ces conditions disparaissent. L'exemple de l'électricité est frappant : tant qu'elle existe, c'est formidable ; mais si elle disparaît un mois, on se retrouve dans une situation pire que le Moyen Âge, faute de tout système de secours. Nous avons construit une société très efficace dans un créneau étroit de conditions favorables, alors que l'avenir sera justement marqué par des conditions de plus en plus défavorables et imprévisibles.
L'analyse par scénario comme réponse
La solution proposée par Jancovici est l'analyse par scénario — une discipline déjà pratiquée par les militaires — qui consiste à raisonner en « qu'est-ce qui se passe si ? » plutôt qu'en projection linéaire du présent. C'est précisément l'objet du projet IF Initiative, développé par Carbone 4 avec une vingtaine d'entreprises partenaires.
Ce projet se distingue des scénarios habituels, comme ceux de l'AIE, sur un point fondamental : il intègre dès le départ les limites physiques comme contraintes réelles, et non comme variables ajustables. L'AIE suppose que les ressources naturelles et les technologies de rupture ne sont pas des facteurs limitants — on claque des doigts et tout est disponible. IF part du principe inverse : il y a un antagonisme réel entre les désirs sociaux et les possibilités physiques, et les scénarios émergent d'un mécanisme d'arbitrage entre les deux.
Une approche opérationnelle et régionalisée
Une leçon est tirée de l'échec relatif des travaux de Meadows (The Limits to Growth, 1972) : son modèle World 3 décrivait le sort du monde entier, or il n'y a pas de « chef du monde ». Ce qui intéresse un État, c'est son propre territoire ; ce qui intéresse une entreprise, c'est son propre avenir. C'est pourquoi IF propose des scénarios déclinés en 11 régions, avec des trajectoires différenciées selon l'accès aux ressources. L'Europe, par exemple, voit son accès au pétrole décliner depuis 2007 — non pas à cause des politiques climatiques, mais par simple effet de contingence géographique — là où l'Amérique du Nord connaît la tendance inverse.
L'ambition finale est de fournir aux entreprises une matière première prospective robuste pour qu'elles puissent se demander, dans chaque scénario possible : « qu'est-ce que ça veut dire concrètement pour moi ? »
Des travaux accessibles à toutes et tous
Les scénarios seront rendus publics. C'est le principe : tout ce qu'on fait à Carbone 4 est open source. Donc on va rendre les scénarios au public, et ça servira ensuite de matière première pour qu'une entreprise particulière, sur la base de ces évolutions possibles, se pose la question : « Moi, dans chacune de ces évolutions, ça veut dire quoi pour moi ? »
Et donc on va avoir 11 régions dans ces scénarios qui vont suivre leur propre évolution. Et l'interaction de ces 11 régions vont également avoir de l'importance parce que pour un certain nombre de ressources qui sont contingentes au niveau mondial, l'accès régional ne sera pas nécessairement le même. Si je prends l'exemple du pétrole aujourd'hui, l'accès régional de l'Europe au pétrole est déjà en déclin. Depuis 2007, l'Europe utilise de moins en moins de pétrole. Et c'est pas un effet des politiques climatiques, c'est un effet de la contingence d'accès au pétrole dans la région Europe.
C'est pareil pour le gaz, incidemment. Mais c'est pas vrai aux États-Unis, en Amérique du Nord — aujourd'hui, l'accès au pétrole est de plus en plus facile. Donc toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne, et c'est la raison pour laquelle on a fait dans cette initiative une discrimination entre régions.
https://www.youtube.com/watch?v=71cJ-bWqyEk
https://www.ifinitiative.com/
(par adrien Couzinier)

IF Initiative est une démarche collaborative d’entreprises, pilotée par Carbone 4 avec le soutien de six équipes de recherche, visant à construire et diffuser un nouveau référentiel pour la stratégie d’entreprise.Son objectif est d'aider les entreprises à comprendre les transformations d...
(Feed generated with FetchRSS)
Pourquoi ? Un monde sous tensions croissantes
Jancovici part d'un constat : nous vivons dans un monde où les chocs se multiplient — guerre en Europe, conflit au Moyen-Orient, dérèglement climatique, érosion de la biodiversité, tensions sur les ressources. Ces événements ne sont pas de simples accidents isolés, mais les manifestations d'un système global de plus en plus sous pression. Comme dans la tectonique des plaques : les tensions s'accumulent, et même si on ne sait pas exactement où ni quand, on sait que ça finira par craquer. La cause profonde est simple : nous sommes de plus en plus nombreux, avec une consommation individuelle croissante, sur une planète dont la taille, elle, ne change pas.
L'échec des outils de prévision traditionnels
Face à cette réalité, nos outils de planification sont inadaptés. Par exemple, en france, le Conseil d'orientation des retraites produit des plans jusqu'en 2070 qui projettent un futur lisse, continu, avec 2 % de croissance par an — ce que Jancovici appelle sans détour « le monde des Bisounours ». Résultat : une réforme des retraites tous les trois ans, parce que la réalité ne correspond jamais au scénario central imaginé.
Même constat dans le monde financier : les stress tests bancaires simulent de petites perturbations temporaires, vite résorbées. Or un vrai stress test, ce serait la fermeture du détroit d'Ormuz pendant trois ans — soit 20 % de pétrole en moins dans l'économie mondiale, avec des conséquences dévastatrices (quasi 20% de PIB en moins pendant 3 ans). Ce scénario-là, on ne le teste pas.
De la performance à la robustesse
Il faut passer d'une logique de performance à une logique de robustesse. Un système performant est optimisé pour fonctionner parfaitement dans des conditions favorables et stables. Mais il devient catastrophiquement fragile dès que ces conditions disparaissent. L'exemple de l'électricité est frappant : tant qu'elle existe, c'est formidable ; mais si elle disparaît un mois, on se retrouve dans une situation pire que le Moyen Âge, faute de tout système de secours. Nous avons construit une société très efficace dans un créneau étroit de conditions favorables, alors que l'avenir sera justement marqué par des conditions de plus en plus défavorables et imprévisibles.
L'analyse par scénario comme réponse
La solution proposée par Jancovici est l'analyse par scénario — une discipline déjà pratiquée par les militaires — qui consiste à raisonner en « qu'est-ce qui se passe si ? » plutôt qu'en projection linéaire du présent. C'est précisément l'objet du projet IF Initiative, développé par Carbone 4 avec une vingtaine d'entreprises partenaires.
Ce projet se distingue des scénarios habituels, comme ceux de l'AIE, sur un point fondamental : il intègre dès le départ les limites physiques comme contraintes réelles, et non comme variables ajustables. L'AIE suppose que les ressources naturelles et les technologies de rupture ne sont pas des facteurs limitants — on claque des doigts et tout est disponible. IF part du principe inverse : il y a un antagonisme réel entre les désirs sociaux et les possibilités physiques, et les scénarios émergent d'un mécanisme d'arbitrage entre les deux.
Une approche opérationnelle et régionalisée
Une leçon est tirée de l'échec relatif des travaux de Meadows (The Limits to Growth, 1972) : son modèle World 3 décrivait le sort du monde entier, or il n'y a pas de « chef du monde ». Ce qui intéresse un État, c'est son propre territoire ; ce qui intéresse une entreprise, c'est son propre avenir. C'est pourquoi IF propose des scénarios déclinés en 11 régions, avec des trajectoires différenciées selon l'accès aux ressources. L'Europe, par exemple, voit son accès au pétrole décliner depuis 2007 — non pas à cause des politiques climatiques, mais par simple effet de contingence géographique — là où l'Amérique du Nord connaît la tendance inverse.
L'ambition finale est de fournir aux entreprises une matière première prospective robuste pour qu'elles puissent se demander, dans chaque scénario possible : « qu'est-ce que ça veut dire concrètement pour moi ? »
Des travaux accessibles à toutes et tous
Les scénarios seront rendus publics. C'est le principe : tout ce qu'on fait à Carbone 4 est open source. Donc on va rendre les scénarios au public, et ça servira ensuite de matière première pour qu'une entreprise particulière, sur la base de ces évolutions possibles, se pose la question : « Moi, dans chacune de ces évolutions, ça veut dire quoi pour moi ? »
Et donc on va avoir 11 régions dans ces scénarios qui vont suivre leur propre évolution. Et l'interaction de ces 11 régions vont également avoir de l'importance parce que pour un certain nombre de ressources qui sont contingentes au niveau mondial, l'accès régional ne sera pas nécessairement le même. Si je prends l'exemple du pétrole aujourd'hui, l'accès régional de l'Europe au pétrole est déjà en déclin. Depuis 2007, l'Europe utilise de moins en moins de pétrole. Et c'est pas un effet des politiques climatiques, c'est un effet de la contingence d'accès au pétrole dans la région Europe.
C'est pareil pour le gaz, incidemment. Mais c'est pas vrai aux États-Unis, en Amérique du Nord — aujourd'hui, l'accès au pétrole est de plus en plus facile. Donc toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne, et c'est la raison pour laquelle on a fait dans cette initiative une discrimination entre régions.
https://www.youtube.com/watch?v=71cJ-bWqyEk
https://www.ifinitiative.com/
(par adrien Couzinier)
IF Initiative est une démarche collaborative d’entreprises, pilotée par Carbone 4 avec le soutien de six équipes de recherche, visant à construire et diffuser un nouveau référentiel pour la stratégie d’entreprise.Son objectif est d'aider les entreprises à comprendre les transformations d...
(Feed generated with FetchRSS)








